Il y a des photos qui dorment pendant des décennies avant de révéler tout ce qu’elles ont à raconter. C’est exactement ce qui vient d’arriver à la famille Malavieille, dont l’histoire vient d’être remise en lumière.
Une photo de Porsche 356 retrouvée par hasard
L’histoire débute par des retrouvailles improbables. Øystein Asphjell, un restaurateur norvégien passionné de Porsche et de Volkswagen à moteur arrière, tombe un jour sur un forum en ligne où il découvre un cliché aux couleurs exceptionnellement bien conservées. Sur cette photo, on y voit un jeune garçon souriant, posant à côté d’une Porsche 356 immatriculée à Paris, le tout sur un ferry avec, en arrière-plan, les fjords et les montagnes du pays. Intrigué, il remonte la piste jusqu’au photographe, Jean-Michel Malavieille. Ce dernier lui révèle que le garçon sur la photo n’est autre que son propre père, Franc-Loup, alors âgé de 13 ans. Ce dernier était alors en vacances avec ses parents et son frère en direction du Cap Nord pour un périple de 10 000 kilomètres en 1955 !
De fil en aiguille, Franc-Loup Malavieille est retrouvé. Aujourd’hui âgé de 83 ans, il garde des souvenirs étonnamment précis de son voyage, plus de soixante-dix ans après cette photo.

Un architecte au volant d’un rêve
Pour comprendre les prémices de ce périple, il faut remonter à son instigateur, Louis Malavieille. Né en 1907, l’architecte de formation et entrepreneur dans le domaine du vinyle détenait plusieurs brevets. Ingénieur dans l’âme, il avait aussi travaillé chez Renault, où il avait développé une boîte de vitesses à commande électronique. Mais surtout, Louis Malavieille était un passionné d’automobile et de sport mécanique. Et c’est en 1955, qu’il concrétise enfin son rêve, celui de posséder une véritable voiture de sport. Il achète alors sa Porsche 356, celle-là même qui deviendra l’héroïne discrète de cette histoire, avec un objectif clair : emmener sa famille aussi loin que possible vers le nord de l’Europe. À une époque où la plupart des familles se contentaient d’une Coccinelle, d’une 2 CV ou d’une Fiat 500, la 356 représentait un choix bien différent et radical, motivé par sa fiabilité autant que par ses performances.

Quatre semaines, 10 000 kilomètres et une Porsche
Le trajet, d’environ quatre semaines, démarre de Paris en passant par la Belgique, les Pays-Bas, puis le Danemark, avant d’arriver en Suède et de poursuivre vers le nord. À l’époque, impossible de rejoindre le Cap Nord en voiture car la route ne sera achevée qu’en 1956. La famille s’arrête donc à Honningsvåg (tout proche de la pointe nord du pays), une prouesse déjà considérable compte tenu de l’état des routes, majoritairement en gravier.
Dans l’habitacle, l’aménagement est spartiate en particulier pour les enfants du couple. Ici, la banquette arrière a été retirée pour faire de la place aux bagages et à la tente, laissant les deux fils, Patrice et Franc-Loup, s’installer tant bien que mal sur les sacs. « La chaleur du moteur rendait notre petit coin plutôt douillet », se souvient Franc-Loup, qui garde également en mémoire les deux phares antibrouillard jaunes que son père avait installés pour mieux voir la nuit.
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Le retour en Porsche, et une passion transmise
À peine arrivée à la pointe nord de la Norvège qu’il était déjà l’heure du retour… Et c’est par la Laponie finlandaise que la famille décide de passer pour retourner à Paris. Sur certaines photos, la 356 arbore même des branches et des bois de renne ! Au terme du voyage, le compteur affiche plus de 10 000 kilomètres parcourus sans la moindre panne, une prouesse à l’époque, sur ce type de terrain. De retour à Paris, la passion Porsche de la famille est définitivement confirmée et Louis achètera peu après une 356 A 1600 rouge, tandis que ses fils héritent eux aussi de la passion Porsche.
Aujourd’hui, la famille Malavieille reste profondément attachée à la marque allemande. Franc-Loup roule en 911 (991) Carrera 4S, tout comme son fils Jean-Michel, celui-là même qui a initié cette redécouverte en publiant la fameuse photo. Ce dernier poursuit d’ailleurs une quête personnelle, celle de retrouver, un jour, la 356 de son grand-père. Franc-Loup, lui, est retourné en Norvège il y a deux ans. Sans aller jusqu’au Cap Nord, mais avec l’émotion intacte face aux fjords : « les meilleurs souvenirs sont ceux qu’on se fait enfant. »





